A propos de la survie et du retour à Rome de SS Paul VI Les trésors de la doctrine catholique à votre service pour préparer l'avenir
La Vertu de Foi –suite 5/8
4. - L'Acte de Foi.
« Un assentiment joint à une cogitation» c'est ainsi que le définit S. Augustin. Et l'union de ces deux éléments constitue bien en effet le caractère distinctif de l'acte de foi et le différencie de tous les autres états ou mouvements de l'esprit, tels que la science, l'opinion ou le doute. « Assentiment », donc adhésion de l'intelligence à une pensée énoncée et connue; et la Foi a ceci de commun avec la science. Mais, simultanément une « cogitation », c'est-à-dire une certaine discussion et délibération, sinon hésitation; et en cela la Foi se rapproche du doute ou de la simple opinion.
Normalement ces états sont incompatibles. La certitude en effet exclut le doute; tandis que l'opinion laisse place à l'incertitude.
C'est le propre de ce mode spécial de connaître qu'on appelle la croyance, d'allier dans un même acte conviction et ignorance. (Clair et obscur)
Un phénomène atmosphérique est à la fois évident et inexplicable; telle notion scientifique est devenue pour tous indiscutable, et reste pour le plus grand nombre incompréhensible; une affirmation recueillie avec une confiance imperturbable, alors que le fait signalé demeure inaccessible. En tout cela, ce que l'on sait suffit à faire accepter ce que l'on ignore : la preuve de l'infaillibilité du Maître engendre une certitude qui vaut bien celle de n'importe quelle démonstration.
Or, la Foi est une croyance: simultanément révélation et mystère, portant tout ensemble certitude et énigme.(clair obscur) S'il est certain Dieu a parlé aux hommes et que la teneur de Ses paroles est historiquement établie; certain aussi que la parole de Dieu est nécessairement véridique, parce que toute idée d'erreur ou de mensonge, aux yeux même de la raison, est incompatible avec la notion de Dieu; d'autre part, les choses dont l'existence annoncée demeurent invisibles, et bien des affirmations, très nettes dans leur énoncé, ne laissent pas d'être déconcertantes pour l'intelligence humaine, parce qu'elles dépassent son pouvoir naturel d'investigation et de contrôle.
Donc assurance de posséder la Vérité, mais une Vérité indémontrable. L'intelligence se repose dans une adhésion ébranlable au Dieu qui l'instruit, mais reste inquiète de ne pas comprendre tout ce qui lui est enseigné; elle croit mais ne voit pas, elle sait mais ne saisit pas, elle tient son objet mais sans connaître réellement, comme quelqu'un qui posséderait une perle précieuse sans pouvoir la sortir de son écrin. L'entendement est alors comme captif; s'il adhère à une affirmation ce n'est pas par la vertu de sa conviction propre, il est retenu par la volonté que subjugue une autorité non point tyrannique mais puissamment persuasive, La liberté de pensée ne subit pas une contrainte, mais se soumet délibérément sous l'empire des motifs de crédibilité qui lui démontrent comme raisonnable et justifiée la confiance totale
A défaut d'une vérité claire, l'esprit voit clairement Celui qui la transmet; tout en donnant son assentiment, il accepte de demeurer dans une certaine ignorance, d'attendre pour plus tard des éclaircissements nouveaux: « adhésion et cogitation ».
Que l'adhésion relâche sa fermeté, c'est alors le doute qui s'introduit dans la Foi, lequel ne trouvera son remède que dans un nouvel effort de volonté pour raviver la confiance en Dieu.
Un tel assentiment est un acte vertueux s'il est délibérément consenti et volontairement exprimé : vertueux et méritoire par conséquent, puisqu'il est produit sous l'influence de la Grâce et se réfère à Dieu. Sa récompense propre sera la claire vision de la Vérité: « En croyant ce que l'on ne voit pas, on mérite de voir ce que l'on a cru» dit S. Augustin. Il semble d'ailleurs qu'il ne puisse guère s'accomplir autrement. Si l'on fait confiance à quelqu'un, c'est de son plein gré et non par contrainte … !
Parfois cependant l'autorité du Révélateur est telle qu'elle s'impose à tout être intelligent , fût-ce à contre-cœur. C'est le cas pour la Révélation divine : quiconque sait un peu ce qu'est Dieu et constate avec certitude que c'est bien Lui qui parle, ne peut douter que Son enseignement ne soit Vérité. Mais cette Vérité ne plaît pas toujours; par exemple quand elle s'attaque à des préjugés tenaces, heurte l'amour-propre et contrecarre des plans personnels. La volonté alors, au lieu d'incliner l'intelligence à croire, essaie de la cabrer pour repousser la Vérité; il existe, hélas, (prodige de déloyauté) une « volonté de ne pas croire », qui résiste aux signes les plus convaincants. Ou bien, pire encore, l'intelligence obligée de se rendre à l'évidence sous peine de se renier elle-même, une volonté insolente et perfide se dresse contre la Vérité comme pour tenter de la faire taire ou d'en détourner les esprits! Les démons en sont là, « qui croient mais la rage au cœur » .
Si la Foi est un don gratuit de Dieu, car il n'est pas au pouvoir de l'homme de capter la Lumière divine, ni même de se procurer la capacité de l'accueillir, par contre l'homme a le triste pouvoir de refuser ce bienfait de Dieu comme tous les autres, de résister à la Grâce.
Orgueil forcené de l'esprit humain qui semble narguer le « Père des Lumières » ! Est-il rien d'aussi insensé et d'aussi outrageant que ce « péché contre la Lumière » ?
C'est une telle attitude que l'Apôtre condamne quand il déclare que « sans la Foi, il est impossible de plaire à Dieu» L'absence de Foi qui ne serait qu'une ignorance invincible, où la simple « bonne foi » supplée à la Foi, Dieu ne la traite qu'avec une extrême indulgence; mais ce qui Lui déplaît souverainement c'est l'arrogance avec laquelle l'homme qui est la dernière des intelligences, émet la prétention de tout savoir et ferme les yeux à la Lumière d'en-haut.
Décision de la volonté et assentiment de l'intelligence, l'acte de Foi est essentiellement un acte intérieur; mais il n'est guère d'acte intérieur qui ne se traduise en paroles ou en gestes extérieurs. L'acte de Foi, explicite et à haute voix, devient une obligation pour le chrétien dont les croyances sont attaquées. En présence des négateurs et des blasphémateurs, le silence serait lâcheté et trahison. Les légions de martyrs disent assez avec quel courage, au prix de quels sacrifices, il faut savoir, dans certains cas, « confesser sa Foi ».
En dehors de ces circonstances exceptionnelles, la relation nécessaire entre le corps et l'esprit, appelle de temps à autre l'explicitation de l'acte de Foi comme un besoin de l'âme que sa conviction fait exploser en quelque sorte – « Je crois, c'est pourquoi je parle» - Et combien, parfois, cette extériorisation de la Foi est ardente, persuasive et communicative! C'est le grand art des prédicateurs de la Vérité.
Enfin, « on vit comme l'on pense »! Une Foi sincère apparaît donc dans l'ensemble de la vie. De quoi servirait, du reste, une croyance toute théorique aux vérités divines, qui n'aurait aucune répercussion sur la vie pratique? « Foi sans les œuvres, que l'Apôtre appelle une Foi morte», marquée tout ensemble de mollesse et d'hypocrisie, comme chez tout homme qui ne sait pas conformer sa conduite à ses principes.
Les « Saints Confesseurs» ne sont-ils pas précisément des chrétiens qui, à défaut du témoignage du sang comme les martyrs, ont affirmé leur Foi par cet héroïsme obscur qu'est la fidélité à Dieu, dans l'observance constante et rigoureuse de Ses préceptes et de Ses desseins, bref des hommes qui ont « vécu de la Foi ? » A Suivre