A propos de la survie et du retour à Rome de SS Paul VI Les trésors de la doctrine catholique à votre service pour préparer l'avenir
Pages d'Histoire pour sauver l'honneur d'un Pape trahi et calomnié.
Pages197 -201 des mémoires du Père Louis Bouyer .(Le Cerf éditeurs)
« Que dirai-je, après cela, de ma collaboration, d'abord au Consilium pour la réforme des livres liturgiques, auquel, après la publication de mon Eucharistie", appelé par Paul VI, je ne pus me dérober?
Je ne voudrais pas être trop dur pour les travaux de cette commission. Il s'y trouvait un certain nombre de savants authentiques et plus d'un pasteur averti et judicieux. Dans d'autres conditions, ils auraient pu accomplir un excellent travail. Malheureusement, d'une part, une fatale erreur de jugement plaça la direction théorique de ce comité entre les mains d'un homme généreux et courageux, mais peu instruit, le cardinal Lercaro. Il fut complètement incapable de résister aux manœuvres du scélérat doucereux qui ne tarda pas à se révéler en la personne du lazariste napolitain, aussi dépourvu de culture que de simple honnêteté, qu'était Bugnini. Même sans cela, il était sans espoir de produire rien qui valût beaucoup plus que ce que l'on produirait, quand on prétendait refaire de fond en comble, en quelques mois, toute une liturgie qu'il avait fallu vingt siècles pour élaborer peu à peu.
Spécialement appelé à la sous-commission chargée du missel, je fus pétrifié, en y arrivant, quand je découvris les projets d'une sous-commission préparatoire, inspirée principalement par dom Cipriano Vagaggini, de l'abbaye de Bruges, et l'excellent prélat Wagner, de Trêves : croyant par là obvier à la mode, venue de Hollande, des eucharisties improvisées, dans une totale méconnaissance de la tradition liturgique remontant aux origines chrétiennes.
Je n'arrive pas à comprendre par quelle aberration ces excellentes gens, assez bons historiens et esprits généralement raisonnables, avaient pu suggérer un découpage et un remembrement, également déconcertants, du canon romain et d'autres projets se disant« inspirés» d'Hippolyte de Rome, mais guère moins farfelus.
l'étais pour ma part prêt à démissionner sur le champ et à m'en retourner chez moi.
Mais dom Botte me convainquit de rester, ne fût-ce que pour obtenir quelque moindre mal". En fin de compte, le canon romain fut à peu près respecté et nous arrivâmes à produire trois prières eucharistiques qui, en dépit d'intercessions passablement verbeuses, récupéraient des pièces d'une grande antiquité et d'une richesse théologique et euchologique hors de pair, sorties d'usage depuis la disparition des anciens rites gallicans. Je pense à l'anamnèse de la troisième prière eucharistique, et aussi à ce qu'on put sauver d'un essai assez réussi d'adaptation au schéma romain d'une série de formules de l'antique prière dite de saint Jacques, grâce à un travail du père Gélineau, pas souvent si bien inspiré.
Mais que dire, alors qu'on parlait de simplifier la liturgie et de la ramener aux modèles primitifs, de cet actus poenitentialis inspiré par le père Jungmann (excellent historien du missel romain ... mais qui, de sa vie, n'avait jamais célébré une messe solennelle!) ?
Le pire fut un invraisemblable offertoire, de style Action catholique sentimentalo-ouvriériste, œuvre de l'abbé Cellier, qui manipula par des arguments à sa portée le méprisable Bugnini, de manière à faire passer son produit en dépit d'une opposition presque unanime" ( rien à voir avec l'abbé Célier de la Fsspx)
On aura une idée des conditions déplorables dans lesquelles cette réforme à la sauvette fut expédiée, quand j'aurai dit comment se trouva ficelée la seconde prière eucharistique. Entre des fanatiques archéologisant à tort et à travers, qui auraient voulu bannir de la prière eucharistique. Sanctus et les intercessions, en prenant telle quelle l'eucharistie d'Hippolyte, et d'autres, qui se fichaient pas mal de la prétendue Tradition apostolique, mais qui voulaient seulement une messe bâclée, dom Botte et moi nous fûmes chargés de rapetasser son texte, de manière à y introduire ces éléments, certainement plus anciens, pour le lendemain .
Par chance je découvris, dans un écrit sinon d'Hippolyte lui-même, assurément dans son style, une heureuse formule sur le Saint-Esprit qui pouvait faire une transition, du type « Vere Sanctus », vers la brève épiclèse. Botte, pour sa part, fabriqua une intercession plus digne de Paul Reboux et de son « À la manière de » ... que de sa propre science.
Mais je ne puis relire cette invraisemblable composition sans repenser à la terrasse du bistrot du Transtévère où nous dûmes fignoler notre pensum, pour être en mesure de nous présenter avec lui à la Porte de Bronze à l'heure fixée par nos régents" !
Je préfère ne rien dire ou si peu que rien du nouveau calendrier, œuvre d'un trio de maniaques, supprimant sans aucun motif sérieux la Septuagésime et l'octave de Pentecôte, et balançant les trois quarts des saints n'importe où, en fonction d'idées à eux ! Comme ces trois excités se refusaient obstinément à rien changer à leur ouvrage, et que le pape voulait vite en finir pour ne pas laisser le Chaos se développer, on accepta leur projet, si délirant fût-il" ! Le seul élément non critiquable dans ce nouveau missel fut l'enrichissement apporté surtout par la résurrection d'un bon nombre de préfaces magnifiques reprises aux anciens sacramentaires et l'extension des lectures bibliques (encore que, sur ce dernier point, on allât trop vite aussi pour produire quelque chose d'entièrement satisfaisant). Je passe sur nombre d'anciennes oraisons pour les temps de pénitence ... qu'on nous obligea à estropier de manière à en évacuer le plus possible ... précisément la pénitence ! En contrepartie, on doit tout de même signaler une composition nouvelle, non seulement irréprochable mais admirablement venue: celle de la nouvelle préface commune n° I. li faut en rendre hommage à son auteur, uœmoine de Hautecombe, qwi se borna à combiner, avec une sûreté de main peu commune, des phrases les plus chargées de sel de saint Paul, tout en parvenant à respecter le cursus=. Après tout cela, il ne faut pas trop s'étonner si, par ses invraisemblables faiblesses, l'avorton que nous produisîmes devait susciter la risée ou l'indignation ... au point de faire oublier nombre d'éléments excellents qu'il n'en charrie pas moins; et qu'il serait dommage que la révision qui s'imposera tôt ou tard ne sauvât pas au moins, comme des perles égarées ...
Pour en finir avec cette triste histoire, je relèverai par quel subterfuge Bugnini obtint ce qui lui tenait le plus à cœur, ou plutôt ce que ceux qu'il faut appeler ses commanditaires arrivèrent à faire passer par son intermédiaire.
À différentes reprises, soit à propos du sabordage de la liturgie des défunts, soit encore dans cette incroyable entreprise d'expurger les psaumes en Vue de leur utilisation dans l' Office , Bugnini se heurta à une opposition non seulement massive, mais on peut dire à peu près unanime. Dans de tels cas, il n'hésita pas à nous dire : « Mais le pape le veut ! ... ». Après cela, bien sûr, il ne fut plus question de discuter.
Cependant, un jour qu'il avait usé de cet argument, je devais déjeuner chez mon ami Mgr Del Gallo, lequel, comme premier camérier participant, avait à cette époque un appartement juste au-dessous des appartements pontificaux. Comme j'en redescendais, après la siesta, bien entendu, et que je débouchais de l'ascenseur sur le Cortile San Damaso, Bugnini lui-même émergeait de l'escalier, venant de la Porte de Bronze. À ma vue, non seulement il blêmit, mais, visiblement, il fut atterré. Je compris tout de suite que, me sachant notus pontifici, il supposait que je venais de chez le pape. Mais, dans mon innocence, je ne parvins pas à deviner pourquoi il pouvait être à ce point terrorisé par l'idée que j'avais pu m'entretenir avec lui de nos affaires.
La solution m'en serait fournie, mais des semaines plus tard, par Paul VI lui-même. Causant avec moi de nos fameux travaux, qu'il avait entérinés, finalement, sans en être beaucoup plus satisfait que je ne l'étais, il me dit: «Mais pourquoi donc avez-vous fourré dans cette réforme ... ». Ici, je dois avouer que je ne me rappelle plus lequel des détails que j' ai mentionnés le chiffonnait particulièrement. Naturellement, je répondis: «Mais tout simplement parce que Bugnini nous avait certifié que vous le vouliez .absolument. .. ». Sa réaction fut immédiate: «Est-ce possible? Il me dit à moi-même que vous étiez unanimes à cet égard ! »
Passons, pour en finir, à mon expérience de la Commission internationale de théologiens. Au début, mon impression fut des plus favorables. Mais elle finit par une déception pire encore)..... »AFFAIRE à SUIVRE.....