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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 02:08

Faux et usage de faux suite 4/7

 Le faux principe et la Rédemption

Dans ce contexte, que devient la Rédemption? que devient la Croix? Puisque c'est du seul fait de l'Incarnation que la nature humaine est élevée à une sublime dignité, qu'est-ce que la Passion sanglante lui ajoute? Elle est, selon Jean-Paul II, un " témoignage" : la dignité surnaturelle de fils adoptif de Dieu est acquise du seul chef de l'Incarnation, et la Passion vient seulement" témoigner" de cela:

" Sur le chemin de l'élection éternelle de l'homme à la dignité de fils adoptif de Dieu, surgit précisément dans l'histoire la Croix du Christ, Fils unique, qui' lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu est venu donner l'ultime témoignage de l'admirable alliance de Dieu avec l'humanité, de Dieu avec l'homme - avec chaque homme .. " (DM 7,5).

La Passion est donc un " témoignage" de cette dignité acquise pour chacun par Ï'Incarnation. C'est pourquoi, écrit Jean-Paul Il, "la réalité de la Rédemption, dans sa dimension humaine, dévoile la grandeur inouïe de l'homme, 'qui a mérité d'avoir un tel et si grand Rédempteur' " (DM 7,1). Jean-Paul Il démarque ici, de façon fort instructive, le texte liturgique de l'Exsultet pascal : celui-ci," dans une expression audacieuse, qualifie de " faute bienheureuse" le péché originel qui a été l'occasion (qui nous a valu, traduit Dom Lefebvre) pour nous" d'avoir un tel et si grand Rédempteur ". C'est donc le rachat du péché qui est indiqué comme le motif de la Rédemption, et donc de l'Incarnation qui lui est ordonnée. Mais Jean-Paul II enseigne tout autre chose: c'est" la grandeur inouïe de l'homme" qui mérite le Rédempteur et la Rédemption.

Le changement de perspective est radical: dans la liturgie de l'Eglise, c'est l'indignité de l'homme, conséquence du péché, que le Rédempteur vient réparer; dans Dives in misericordia, c'est la dignité de l'homme que le Rédempteur vient consacrer. Il Ia consacre dans l'Incarnation, il en témoigne dans la Passion. Comment cela peut-il se concilier avec l'enseignement de l'Eglise qui ordonne l'Incarnation à la Rédemption, c'est ce que l'on ne voit pas. "Propter nostram salutem descendit de caelis et incarnatus est, " Que reste-t-il donc à racheter en l'homme, puisque le seul fait de l'Incarnation consacre sa " grandeur inouïe" et le promeut " pour toujours" (RH 13,3 et Allocution du 25 mars 1981) à une" extraordinaire, unique et ineffable dignité" (ibid.) ?

Ne retrouve-t-on pas ici l'une des erreurs de Pierre Abélard, condamnées par le Concile de Sens en 1140, et qui niait que " le Christ se soit incarné, afin de nous libérer du joug du. diable" (DB 371) ; ou encore l'une des erreurs des Sociniens, condamnées par Paul IV dans sa Constitution Cum quorumdam du 7 août 1555, et qui affirmait que" Notre-Seigneur et Dieu Jésus-Christ n'avait pas subi une mort très cruelle, afin de nous racheter de nos péchés et de la mort éternelle et nous réconcilier au Père pour la vie éternelle" (DB 993) ? Si l'homme a pour toujours cette " sublime dignité" (Gaudium et Spes, nO 22) du fait de l'Incarnation, la mort sanglante de Jésus n'a plus à le libérer ou à le réconcilier, mais à manifester que c'est déjà fait.

5. Le principe et le salut

.Une fausse miséricorde

On voit se profiler une conséquence inéluctable de ce principe qui fonde l'anthropocentrisme de Vatican II, dont il est" l'enseignement peut-être le plus important" au dire même de Jean-Paul II. C'est que tout homme est sauvé. Lors d'une visite à la paroisse Sainte Marie du Transtévère (27 avril 1980), Jean-Paul II enseigne clairement cette doctrine : "(le Christ) obtient, une fois pour toutes, le salut de l'homme : de chaque homme et de tous, de ceux que nul n'arrachera à sa main ( ... ) Qui pourrait changer le fait que nous sommes rachetés ? Un fait si puissant et fondamental que la création même ? ( ... ) Nous sommes de nouveau devenus la propriété du Père grâce à cet Amour qui ne recule pas devant l'ignominie de la Croix pour pouvoir garantir à tous les hommes: ' Nul ne pourra vous arracher à ma main' (cf. Joan. 10,28).

L'Eglise nous annonce aujourd'hui la certitude pascale de la Résurrection. La certitude du salut." (OR 6.05.80, p. 14). Certes, Dieu veut que tous soient sauvés et la Passion du Christ a en elle une efficacité suffisante pour racheter tous les hommes. Mais elle ne profite qu'à ceux qui croient en sa vertu rédemptrice et y conforment leur vie. Aussi est-il impossible, à cause du mystère de la liberté créée que Dieu respecte, d'affirmer que le Christ garantit à tous les hommes la certitude du salut, et que" nul ne les arrachera de Ses mains ". Cet enseignement de Jean-Paul II est repris et développé dans son encyclique Dives in misericordia, où il affirme que " le mystère de l'élection concerne tout homme, toute la grande famille humaine" (DM 4,12) ; où il parle (sans restriction) " des hommes créés à l'image (du Créateur et Père) et choisis dès le commencement en ce Fils, en vue de la grâce et de la gloire" (DM 7,1) ; "de l'élection éternelle de l'homme à la dignité de fils adoptif de Dieu" (DM 7,5). Il évoque" cette miséricorde à laquelle tous participent , de génération en génération' (Luc. 1, 50) selon l'éternel dessein de la Très Sainte Trinité" (DM 9,3). (Notons que, dans le Magnificat, cette miséricorde ne concerne que ceux qui craignent Dieu.) Ici encore, on ne voit nullement la compatibilité de ce " mystère d'élection qui concerne tout homme" avec l'enseignement de l'Eglise et les textes antérieurs du Magistère. En particulier le Concile de Carisiacum (Quiercy sur Oise, près de Reims) tenu en 853 pour condamner les erreurs de Gottschalk sur la double prédestination, enseigne ceci : " Le Dieu tout-puissant veut que tous les hommes sans exception soient sauvés (1 Tim. 2,4), bien que tous ne se sauvent pas. Que certains soient sauvés, c'est un don du Sauveur, que certains périssent, c'est par leur propre faute. "(DB 318). Et encore : " De même qu'il n'existe, n'a existe ou n'existera aucun homme qui ne possède la nature humaine, laquelle a été assumée dans le Christ Jésus Notre-Seigneur, de même il n'en existe, n'a existé ou n'existera aucun pour lequel ll n'ait pas souffert ; cependant tous ne sont pas rachetés par le mystère de Sa Passion ( ... )" (DB 319). De même, soutenir que le Christ garantit " à tous les hommes" que" nul ne les arrachera de Sa main", est incompatible avec l'enseignement du Concile de Trente (Sess. VI, Decret. De justificatione) jetant l'anathème à celui qui dit " que l'homme rené (par le baptême) et justifié, est tenu par la foi à croire qu'il est certainement du nombre des prêdestinés " (DB 825) et encore à celui qui s'affirme" certain d'une certitude absolue et infaillible d'obtenir ce grand don de la persévérance finale, à moins qu'il n'ait eu une révélation particulière" (DB 826). • Enfin, l'affirmation de Redemptor Hominis selon laquelle" chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et Jésus-Christ s'est uni à chacun pour toujours, à travers ce mystère" (RH 13,3) comporte également cette doctrine de l'élection de tous les hommes que nous venons de voir incompatible avec la doctrine catholique. Le pape Pie II, dans sa lettre Cum sicut accipimus du 14 novembre 1459 a même condamné une proposition affirmant" que tous les chrétiens seraient sauvés" (DB 3031). Si nous la rapprochons d'une autre affirmation de Dives in misericordia, selon laquelle" c'est seulement à la fin des temps et lors du renouvellement définitif du monde. qu'en tous les élus l'amour vaincra le mal en ses sources les plus profondes ( ... ) " (DM 9,3), nous obtenons quelque chose qui ressemble étrangement à la doctrine d'Origène condamnée par le pape Vigile en 543. Origène affirmait que" le supplice des démons et des hommes impurs n'aurait qu'un temps, et que sa fin arriverait un jour, c'est-à-dire qu'il y aura une restitution (apocatastase) et une réintégration des démons et des hommes impies" (DB 211). Est-ce bien dans le sens de l'origénisme que s'explique ce passage ? On l'a affirmé (Wiegand Siebel, Election éternelle de l'homme). Pour notre part, nous disons seulement que ce texte, susceptible d'une interprétation orthodoxe, peut favoriser, eu égard au contexte, l'erreur d'Origène. Voici donc le faux principe relatif à l'Incarnation, emprunté par Jean-Paul Il à Vatican Il, qui porte ses ultimes conséquences: l'Eglise a une mission anthropocentrique, parce que le Christ s'est uni pour toujours à chacun. La Passion rédemptrice n'est que l'éloquent témoignage de "la solidarité du Christ avec la destinée humaine ( ... ) un don désintéressé à la cause de l'homme" (DM 7,4). Le salut est acquis pour tous.

 

 

C'est consternant et effrayant Parce Domine.A suivre

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