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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 07:51

 

L’Adversaire et sa tactique 16/23

 

XVI. Homicide et menteur

 

L'Écriture Sainte nous fait encore une très importante révélation concernant la personnalité du démon: « Il a été homicide dès le commencement, et il ne s'est pas maintenu dans la vérité, parce qu'il n'y a point de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fond, car il est menteur et le père du mensonge.» [ Jean VIII - 44 ]

Homicide, cela signifie qu'il nuit au salut des âmes et qu'il les entraine en enfer. Il ne peut pas tuer le corps, mais il peut tuer l'âme, C'est en cela qu'il est homicide. Si donc le démon se montre à l'homme tel qu'il est, c'est-à-dire comme homicide, il va être terrifiant. Il va faire peur à sa victime qui donc se méfiera.

De plus, s'il se montre tel qu'il est, il sera hideux de par sa malice, ses distorsions et ses ténèbres. Par conséquent il provoquera, chez les hommes auxquels il se montrera dans cet état déchu, un réflexe de  recul et de méfiance.

Mais alors, s'il fait reculer tout le monde, pourra-t-il conquérir des sujets pour son royaume terrestre et faire des adeptes pour sa « religion »? Evidemment non. Il faut donc qu'il change d'aspect. Or il se trouve que sa nature angélique ne lui a pas été enlevée. Elle a seulement subi des distorsions et un enténèbrement. Mais en faisant appel à son énergie, le démon peut faire réapparaître en lui une certaine beauté. Elle lui permettra de masquer pour un temps sa malice et ses ténèbres.

C'est précisément ce qu'écrit Saint Paul: « Car Satan lui-même se déguise en ange de lumière.» [ II Cor XI - 14] La connaissance de ce pouvoir de travestissement des démons est une des données les plus importantes, et d'ailleurs aussi les plus caractéristiques de la démonologie chrétienne.

Nous pouvons tout de suite comprendre une première conséquence de ce pouvoir de travestissement. On sait que l'homme possède, dans certaines conditions, la faculté de correspondre et de converser avec le monde des esprits. Or le monde des esprits n'est pas uniquement celui des bons esprits. Les démons aussi sont des esprits avec lesquels il est possible à l'homme d'entrer en conversation. Si ces démons ne pouvaient se manifester que sous leur forme hideuse et homicide, ils n'auraient aucune chance d'entrer en conversation avec les hommes.

En revanche, si les démons peuvent se déguiser en bons esprits, comment l'homme va-t-il les distinguer des anges ou des élus authentiquement bons? Il va lui falloir discerner les esprits. Et pour cela, il faudra ou bien qu'il ait un sens instinctif de ce discernement, ou bien qu'on lui enseigne une méthode.

Le sens instinctif, ou discernement infus, est un charisme qui n'est pas habituellement donné à l'homme. On peut s'en faire une idée en le comparant à l'instinct des oiseaux migrateurs qui s'orientent sans repaire. En l'absence de tout symptôme visible, le discernement infus permet de démasquer les ténèbres même quand elles sont recouvertes par un travestissement de lumière.

Pour suppléer à un charisme dont la majorité des fidèles sont dépourvus, les écrivains de l'Église ont réuni ce que l'on appelle les règles de discernement des esprits. On comprendra que ces règles soient les mêmes qu'il s'agisse de diagnostiquer les influences bonnes ou mauvaises au for interne ou qu'il s'agisse de les distinguer dans les mystiques qui prétendent transmettre des révélations.

Les règles de discernement des esprits se sont affinées depuis l'époque de l'Ancien Testament jusqu'à nos jours. Cet affinement prouve que les démons sont de plus en plus intimement mêlés aux hommes, soit que le nombre de ceux qui hantent la terre augmente, soit qu'ils accentuent leur subtilité et perfectionnent leur art de pénétrer dans nos esprits. Le Cardinal Pierre d'Ailly, déjà au début du XVe siècle, dans son gros traité des "Fausses Prophéties", constatait que « le monde est sur son déclin, l'Antéchrist approche et les imaginations malsaines, les illusions dangereuses pullulent.»

Sous l'empire de l'Ancienne Loi, la règle de discernement des esprits était simple et fruste parce qu'elle suffisait: les bons esprits portent à obéir à Dieu et les mauvais à lui désobéir. Et l'on se référait à la règle de la Genèse: « Parce que tu as mangé de l'arbre dont Je t'avais ordonné de ne pas manger.» [Gen. III - 17] Le serpent, mauvais esprit, avait incité à désobéir à la Loi. Tel était le critère simple et sain. Après l'Avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ, les démons vont perfectionner leur art ; il va falloir aussi perfectionner l'analyse. Saint Paul énonce les divers éléments du diagnostique des bonnes et des mauvaises influences. Les mauvais esprits empruntent les voies de la chair : « les œuvres de la chair sont manifestes: ce sont l'impudicité, l'impureté, le libertinage, l'idolâtrie, les maléfices, les discordes, les contentions, les jalousies, les emportements, les disputes, les discussions, les sectes, l'envie, les meurtres, l'ivrognerie, les excès de table et autres choses semblables.» [ Gal. V - 19-21 ]

Voici maintenant comment on reconnait les influences divines, que Saint Paul appelle aussi "les œuvres de l'Esprit" : « Le fruit de l'Esprit, au contraire, c'est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance ... Ceux qui sont à Jésus ont crucifié la chair, avec ses passions et ses convoitises.» [Gal. V - 22- 24] On le voit, Saint Paul énonce des règles de discernement basées sur des critères moraux.

Saint Jean fournit des critères doctrinaux: « Vous reconnaîtrez à ceci l'Esprit de Dieu: Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu; et tout esprit qui ne confesse pas ce Jésus n'est pas de Dieu; c'est celui de l'Antéchrist, dont on vous a annoncé la venue.» [ 1 Jean IV - 1-3 ] Dès lors, les deux critères apostoliques, de Saint Paul et de Saint Jean, n'auront plus besoin que d'être développés par les maîtres de la vie spirituelle.

 

Ce développement commence à la période patristique. Origène tient le raisonnement suivant:

Satan profite des premiers mouvements suscités en nous par notre nature pécheresse. Il laisse d'abord ces mouvements s'opérer en nous et par nous, et il trouve ainsi en eux une excuse et un droit à nous tenter et à nous pousser plus avant dans la voie que nous avons nous-mêmes choisie; il y trouve en même temps un moyen de dissimuler son influence; nous croyons ainsi continuer par nous-mêmes ce que nous avons commencé seuls.

Les Pères constatent aussi les effets psychologiques du bon et du mauvais esprit : le bon esprit engendre la paix et l'humilité; le mauvais esprit engendre la tristesse, le trouble, l'indécision, la paresse.

Saint Thomas d'Aquin traite méthodiquement de la question du discernement des esprits. Il s'attache à distinguer ce qui, dans notre vie intérieure, relève de notre liberté et ce qui relève de l'influence de Satan, lequel agit surtout en utilisant nos sens et notre imagination. Il énumère aussi quelques règles pour différencier les vrais et les faux prophètes. Les vrais, avant tout, ne se donnent pas leur mission à eux-mêmes; ils la reçoivent de Dieu. Les faux prophètes se donnent eux-mêmes leur mandat, ils ont horreur du Saint Nom de Jésus, ils incitent d'abord au bien puis ils dévient très vite vers le mal.

 

L'auteur anonyme de "l'Imitation", fait porter le discernement des esprits sur la distinction de la nature et de la grâce. La nature se recherche elle- même, elle veut perdurer, elle hypertrophie le moi, elle n'apporte que des consolations extérieures. La grâce agit pour Dieu qui est sa fin, elle modifie le moi, elle apporte des consolations spirituelles et intérieures. Mais l'Imitation n'oublie pas le démon: il vient en nous avec les choses de la nature, il les accompagne.

Saint Ignace de Loyola est l'un des derniers venus comme docteur du discernement. Il en a exprimé les règles dans son livre des Exercices. La grande diffusion de ces "Exercices" a rendu ses règles classiques. Saint Ignace distingue d'abord la "vie purgative" et la "vie illuminative". Il consacre la première semaine des exercices à l'étude de la vie purgative et il énonce quatorze règles "pour discerner les mouvements que les divers esprits excitent dans l'âme afin d'agréer les bons et de repousser les mauvais". La seconde semaine a trait à la vie illuminative et elle est terminée par huit autres règles "pour mieux discerner les esprits".

Quel est essentiellement le critère ignacien du discernement des esprits? Les mauvais esprits produisent dans l'âme des états de désolation: ils y créent la tristesse, le désespoir, la perte de confiance en Dieu ; il ne faut pas prendre de décision quand on est dans ces périodes de désolation car rien de bon ne se fait sous l'influence des démons. Au contraire les bons esprits produisent dans l'âme des états de consolation comportant une joie spirituelle et calme, mêlée aux larmes du repentir.

 

Cependant Saint Ignace connait les fausses désolations qui ne sont autres que ces états de sécheresse si bien décrits par Saint Jean de la Croix et Sainte Thérèse d'Avila. Ces "fausses désolations" viennent de Dieu pour l'épuration de l'âme. Il connait aussi les états de fausses consolations qui viennent du démon et qui consistent en un contentement de soi et un sentiment de complaisance.

 

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