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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 04:20

                                                                  Le Mérite 2/2  (RP Hugon)

 

3) Objet du Mérite.

 

La rétribution que Dieu réserve au mérite, c'est un accroissement, et en définitive le plein épanouissement de cette vie divine communiquée par la Grâce.

N'est-ce pas logique qu'un effort vital produise une augmentation de la vie? On regrette bien assez, dans l'ordre corporel, que le labeur destiné à entretenir la vie ruine les forces plus qu'il ne les répare, et loin d'en retarder l'inévitable déclin, le précipite impitoyablement.

 

La vie spirituelle de la Grâce peut hélas, déchoir elle aussi, et parfois être anéantie. Mais ce destin pour elle n'est pas fatal, pas même normal. Elle est appelée plutôt à des progrès illimités ; et c'est le but principal du mérite. Un développement de la Grâce, c'est à la fois ce que Dieu peut accorder de plus précieux, et ce qui est le plus utile à l'homme. L'enfant de Dieu apprécie plus que tout de grandir et de s'assimiler davantage à son Père Céleste; il n'aspire qu'à vivre et à jouir de Lui éternellement. « Une récompense, Seigneur? Mais pas d'autre que Vous-même! » répondit Saint Thomas d'Aquin au Christ qui lui proposait une rétribution pour son bon travail.

 

Le langage populaire appelle facilement « Grâces » les bienfaits temporels, tels que guérisons, préservation des fléaux, réussite dans les affaires, etc ... Et il y voit surtout le résultat le plus apprécié du mérite. Les Hébreux aussi autrefois voyaient les signes de la bénédiction du Très-Haut dans la prospérité matérielle qu'Il accordait à leurs familles, à leurs terres et à leurs troupeaux.

 

Actualité grossière et bassement intéressée ! Dans la faible mesure où ils sont utiles à l'âme, les biens de la terre peuvent rentrer dans la somme des rémunérations dues au mérite. Mais comme ils sont souvent nuisibles, le vrai mérite les exclut plus qu'il ne les réclame: les Saints n'en sont-ils pas les plus dépourvus?

 

La Grâce plus puissante, la Vie divine plus intense, c'est au jour le jour le fruit le plus précieux du mérite, le salaire des bons et fidèles serviteurs Matt.XXV-21,23) : « Le progrès des justes est comme la lumière resplendissante dont l'éclat va grandissant jusqu'au jour parfait» (Proverbes IV,18)

 

Ainsi l'homme s'achemine vers le terme suprême de la Grâce, ce que la théologie appelle la « persévérance finale » ce que l'on pourrait appeler la « Grâce des Grâces » puisqu'elle prépare immédiatement la vision glorieuse et la pleine possession de Dieu. Nous disons bien: « l'homme s'achemine ...  »; et s'il marche de mérite en mérite, de Grâce en Grâce, il a toutes les chances d'y parvenir. Il n'en a jamais cependant la certitude absolue; et il ne peut pas surtout la revendiquer comme un droit, en vertu d'un mérite « de condigno » ; Ceci pour la raison bien simple que, même en état de Grâce et longuement appliqué aux efforts qui la conservent et la développent, l'homme reste faillible et peut, un jour ou l'autre, dédaigner la Grâce ou en abuser, Ne sont définitivement préservées de ce danger que les âmes « confirmées » en Grâce: privilège exceptionnel que nul ne saurait exiger. ,

 

Mais c'est le; "cas ou jamais de faire intervenir le mérite « de congruo », Si, pour obtenir cette Grâce décisive, l'homme ne peut compter sur sa propre fidélité (fût-elle de toute une vie), comme il convient que Dieu en tienne compte pour la lui accorder! Sans devenir une rétribution exigible, n'est-elle pas alors la récompense la plus équitable?

 

Et cette dernière Grâce en ce monde n'est que la transition entre l'état de Grâce et l'état de Gloire. La même vie divine continue, passant seulement de la préparation à l'achèvement, du provisoire au définitif, de la fragilité inquiète à la paisible assurance, de l'obscurité à la pleine lumière, du combat à la victoire; comme une plante, après les vicissitudes de sa germination, de sa croissance, de sa floraison, atteint enfin sa raison d'être quand elle dépose ses fruits mûrs.

 

Récompense insurpassable celle-là, proportionnée aux mérites de chacun et pourtant sans proportion avec les efforts d'une créature, si sainte qu'on la suppose. En dernière analyse, ce n'est que l'apothéose de la Bonté et de la Miséricorde infinies: « Je serai votre récompense débordante et démesurée », dit le Seigneur (Genèse XV -1)

 

4) Reviviscence du Mérite.

 

C'est une perspective effrayante qu'un seul péché mortel, commis en un instant, puisse tuer radicalement la Vie divine, annuler tout le bien dont elle s'est remplie et en définitive lui faire manquer le but poursuivi au prix de courageux et persévérants efforts.

Par contre, comme il est rassurant de penser qu'un seul acte de repentir sincère, en un instant lui aussi, suffit à faire recouvrer cette Vie intégralement.

Qu'en est-il cependant de cette Vie qui recommence? L'homme qui a vu toute son œuvre bonne et méritoire anéantie dans un moment d'infidélité et qui maintenant se relève, est-il obligé de repartir à zéro, comme le commerçant dont la fortune longtemps prospère a soudain croulé dans une faillite et qui n'en peut rien récupérer?

Ne serait-ce pas navrant que tant de bien soit à jamais et irrémédiablement perdu?

Rappelons-nous Lazare, l'ami de Jésus, frappé par la mort en pleine maturité, et ressuscité par la parole toute puissante du Fils de Dieu. Celui qui sortit du tombeau ce ne fut pas un nouveau-né contraint de franchir de nouveau les étapes de la vie, de conquérir laborieusement l'usage et la plénitude de ses facultés; mais ce fut bel et bien un homme fait, Lazare tel qu'il était à la veille de sa mort, retrouvant avec la vie tout ce qu'il avait acquis dans sa vie. Bref, la mort était purement et simplement vaincue; de son passage il ne restait aucune trace.

Or, le retour de la Grâce dans une âme, c'est une résurrection.

Et la Toute-Puissance Divine, là non plus, ne fait pas les choses à moitié. Le « péché mortel effacé », la vie est restaurée dans l'état où elle se trouvait lorsque le coup fatal l'avait abattue. Les mérites antérieurs revivent par conséquent: ils n'étaient pas totalement perdus, mais recueillis plutôt et tenus en réserve en quelque sorte par une main mystérieuse impatiente de les restituer.

Quoi de plus conforme à la Miséricorde qui inspire tous les desseins de Dieu, que d'oublier ainsi tout le mal et de se souvenir de tout le bien accompli dans une vie d'homme?

 

5) Transmission des Mérites.

 

Le  langage scolastique dit «reversibilité », ce qui indique que les mérites de l'un peuvent être reversés sur l'autre et vice-versa. On pourrait dire plus simplement : communication des biens spirituels acquis par le mérite. On évoque alors un aspect de la Communion des Saints »,

Il n'est pas question ici du mérite « de condigno » lequel reste strictement personnel et incommunicable : autrement dit nul n'a jamais le droit d'exiger de Dieu quoi que ce soit en faveur d'un autre.

Par contre, il est possible d'obtenir beaucoup au titre de l'amitié. Lorsqu'un véritable ami de Dieu plaide près de Lui la cause d'une âme très chère, n'est-il pas à croire que ce Dieu qui Lui aussi aime les âmes, se laisse toucher? .

En fait, que de conversions qui étonnent, et plus encore de pécheurs sauvés à la dernière heure, parce que, ouvertement ou le plus souvent à leur insu, d'autres personnes aussi éprises de la Gloire de Dieu que du salut de leurs frères, à force d'instances, à  coups répétés de prières et de sacrifices, ont imploré et fini par mériter que Dieu triomphe de leur résistance et les visite de Sa Grâce irrésistible. »

Suite : Les mérites de Jésus- Christ

 

 

 

 

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